p6936[1]

Gizycko – Arrivée 5.40

 

Il fait presque jour. On peut déjà voir des marques

sculptées dans le givre, sur les vitres. Elles se dévoilent,

et l’air gelé est cinglant pour les yeux,

en chassant les rêves. Elles jappent tristement.

Dans l’abandon. Derrière le virage,

le pont étend ses bras. La gare qui s’éveille

halète en se tournant de l’autre côté.

Il y a des rues qui courent en formant une étoile.

La neige grince comme une porte restée longtemps fermée,

et les bordures prennent des formes sous les pas.

Il y a de vieux arbres. De jeunes vents piaulent dans les nids.

Dans les tiroirs en brique, le linge çà et là

sent l’amidon et le sperme.

Le jour s’est reposé, semblable à ceux qui jaunissent

sur les photographies.

A midi, il va se déchirer. D’ici le soir, il se fendra en deux.

Coupé comme un poisson fumé qui parlera des langues

étrangères et descendra à la plage,

écaillé par un nouveau coup de soleil.

Pendant ce temps, les rues courent

en formant une étoile à l’ombre.

Les wagons se chargent de récits nocturnes,

contournent la colline au bord du lac.

Une croix couverte de rouille oscille,

frappée par le souvenir de l’homme,

qui porte plus loin sa foi. Jusqu’à 5.40,

il fera encore sombre.

 

Borussia, 1995.

 

Traduit du polonais par Frédérique Laurent

In, « Terra nullius. Une anthologie de la poésie polonaise

contemporaine de Varmie et Mazurie »

Editions Folle Avoine, Bédée, 2004

Du même auteur : Carte postale de Mazurie. Destinataire inconnu (02/02/2017)