jean-pierre-claris[1]

 

Le voyage

 

Partir avant le jour, à tâtons, sans voir goutte,

Sans songer seulement à demander sa route ;

Aller de chute en chute, et, se traînant ainsi,

Faire un tiers du chemin jusqu’à près de midi ;

Voir sur sa tête alors s’amasser les nuages,

Dans un sable mouvant précipiter ses pas,

Courir, en essuyant orages sur orages,

Vers un but incertain  où l’on n’arrive pas ;

Détrempé vers le soir, chercher une retraite,

Arriver haletant, se coucher, s’endormir :

On appelle cela naître, vivre, et mourir.

          La volonté de Dieu soit faite !

 

Fables de Monsieur de Florian.

Impr. de P. Didot l’aîné, 1792 

Du même auteur :

Le grillon (07/02/2015)

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