camile[1]

 

Combat dans la nuit

 

La boîte de cristal enferme cet oiseau blanc

Qui viendra sur un char

Ne le laissez pas sous cette pluie de sang

Voleter au hasard

 

Forme neuve de l’esprit trouvera-t-il sa tour

Aux détours qu’il a pris prisonnier sans retour ?

Les lampes de la plaine éclatent en plein jour

Le ciel tombe sur terre pour obscurcir les ombres

 

Les femmes gorgées de sang

Tournent de peur sur elles-mêmes

Et percent leurs seins menaçants

Au bord des fleuves immobiles

Les têtes incrustées dans les murs de Moscou

Les boules où la neige a fini de tomber

Roulent sans fin à travers l’espace

Les portes de la ville se referment jusqu’au ciel

Les lettres des morts arrivent dix ans après

Mais les signes impossibles du printemps

Se remplissent jusqu’au bord.

 

In, Revue « Le grand jeu, N°1, été 1928 »

Chez Roger Vailland, Paris, 1928