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Lorsque quarante hivers auront battu ton front

Et labouré profond le champ de ta beauté,

Ton fier pourpoint de jeunesse, tant admiré,

Sera guenille dont on fera peu de cas.

 

A qui demanderait alors : où donc est-elle

Ta beauté, ton trésor des jours ardents, où donc ?

Répondre qu’ils sont enfouis dans tes yeux caves

Serait honte sans merci, louange de misère.

 

Combien plus nous louerions l’emploi de ta beauté

Si ta réponse était : « Ce bel enfant que j’ai

Pour moi sera garant, excusant ma vieillesse »,

Prouvant que sa beauté par succession est tienne.

 

Ce serait là renaître alors que tu es vieux,

Revoir ardent un sang qui se glace en tes veines.

 

 Traduit de l’anglais par Henri Thomas

In, Shakespeare : « Oeuvres complètes, Tome 7 »

Editions Formes et Reflets, 1961

Du même auteur : « C’est quand mon œil est clos… » / « When most I wink… » (02/02/2015)

 

When forty winters shall besiege thy brow

And dig deep trenches in thy beauty's field,

Thy youth's proud livery so gazed on now,

Will be a tottered weed of small worth held. 

 

Then, being asked, where all thy beauty lies,

Where all the treasure of thy lusty days; 

To say, within thine own deep sunken eyes,

Were an all-eating shame, and thriftless praise.

 

How much more praise deserved thy beauty's use,

If thou could answer “This fair child of mine

Shall sum my count, and make my old excuse,”

Proving his beauty by succession thine!

 

This were to be new made when thou art old,

And see thy blood warm when thou feel'st it cold.

 

SHAKESPEARES / SONNETS / Never before imprimed

Thomas Torpe, 1609

Poème précédent en anglais :

Walt Whitman  : Drossé au sable / Sea - drift (28/01/2016)

Poème suivant en anglais :

Charles Bukowski : L’écrasement / The crunch (10/02/2016)