bernard_20noel2_1_

 

Laile sous lécrit

 

un jour

la bouche est devenue obscure

la langue re

muait

maintenant la vie n’est plus chaude

je cherche mes mains

et dans mes mains le pouce

originel

le temps est de la terre

autour des os du monde

et notre mort épaissit cette chair

opaque

on creuse pour se souvenir

l’air noircit

puis c’est du vent

le vent est la langue

qui remue la langue

elle a racine en l’air

pourquoi

pourquoi l’air qui n’est pas visible

ressemble-t-il au visible

et pourquoi nos yeux s’y boivent-ils eux-mêmes

il y a la nuit

 

 

il y a la main sur la bouche

tout ce qui couvre est pareil

impose même deuil

les lèvres jettent nos paroles

une pierre tombe de moins haut

on oublie

et quand on ne sait plus ce que l’on sait

la vie est à l’aise

un peu d’est-ce moi

rend la tempe douce

sous qui ai-je souffert

les os ont tout leur temps

le nom aussi

on dit que ce qui est écrit cache

la chose qui voulait l’être

c’est faire du mystère à peu de frais

il n’y a de mystérieux que le venir

et qu’il batte de l’aile sous l’écrit

et non pas au-dessus

les dieux d’autrefois se sont trompés

s’ils avaient aimé l’en-dessous

ils vivaient

 

 

on peut imaginer tout

sauf un premier jour

et pourtant l’eau fraîche vient d’en bas

regarde les yeux de ton père

le corps pense avec ses mains

il fabrique de la tête peu à peu

et la mort

ouvre sa porte

dans la bouche même

je ne tiens pas tellement à moi

mais qui peut faire l’autre

on dit que les jours s’en vont

alors qu’ils viennent

nous sommes l’avenir du temps

nous le sommes

à condition d'être l'autre

comment disperser le cercle

la moelle de l’homme s’enferme

devient centrale

et le centre attire la mort

le silence n’a pas de centre

il est le plein et le vide

 

 

l’écoute du commencement sans fin

alors tous les siècles  sont aujourd’hui

et la vieille blessure

écarte ses lèvres pour rire

dis-moi

est-ce en nous l’inconnu qui cherche un nom

ou bien le nom qui cherche l’inconnu

pour que le ciel cache la terre

un peu d’eau suffit

illusion

c’est en nous-même

que l’autre nous attend

il faut éplucher le visage

à coups de qui

le nom est un labyrinthe

et l’oubli sa bête

parfois mon crâne a un fond

la réalité y jette quelques sous

et le souviens-toi qui tinte

est un bris de vitre

mais à quelle fenêtre

je voudrais citer tous les livres

 

 

la citation est un plat froid

et moi

voyant tout à coup ma table

mon papier

ma main

je vois quelque chose

et les trois qui composent la chose

ne la sont pas

ce qui existe

ressemble à ce qui le fait exister

un peu de non-pensée suffit

à refléter le ciel d’en bas

un poète parle d'une chair de poule

qui part du coeur pour atteindre la peau

ma main

mon papier

ma table

qu’ai-je pensé

qui déjà enlevait la peau de mon visage

parfois tout se tient

sauf moi

et ce défaut suffit à donner lieu

 

 

Orange Export LTD, éditeur

92240,Malakokk, 1977

Du même auteur : 

 « Et maintenant que faire avec le rien… » (26/01/2014)

A vif enfin la nuit (26/01/2015)  

« assiégé de quel rire… » (27/01/2017)

Fable (27/01/2018)

Lettre verticale / Bram (27/01/2019)

 Le bât de la bouche (27/01/2020)

Extraits du corps.1 (10/03/2022)

Tombeau de Lunven (10/03/2021)