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J'ai toujours habité

 

J'ai toujours habité de grandes maisons tristes

Appuyées à la nuit comme un haut vaisselier

Des gens s'y reposaient au hasard des voyages

Et moi je m'arrêtais tremblant dans l'escalier

Hésitant à chercher dans leurs maigres bagages

Peut-être le secret de mon identité

Je préférais laisser planer sur moi comme une eau froide

Le doute d'être un homme. Je m'aimais

Dans la splendeur imaginée d'un végétal

D'essence blonde avec des boucles de soleil

Ma vie ne commençait qu'au-delà de moi-même

Ebruitée doucement par un vol de vanneaux

Je m'entendais dans les grelots d'un matin blême

Et c'était toujours les mêmes murs à la chaux

La chambre désolée dans sa coquille vide

Le lit-cage toujours privé de chants d'oiseaux

Mais je m'aimais ah! je m'aimais comme on élève

Au-dessus de ses yeux un enfant de clarté

Et loin de moi je savais bien me retrouver

Ensoleillé dans les cordages d'un poème. 

 

Hélène ou le règne végétal 

Editions Pierre Seghers,1951

Du même auteur :

« La nuit ! la nuit surtout… » (18/01/2014)

« Je t'attendais ainsi qu'on attend les navires… » (18/01/2015)

Hélène (18/01/2017)

Celui qui par hasard (18/01/2018)

L’inutile aurore (18/01/2019)