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Vous parlez ?

 

Vous parlez ? Non. Je ne peux pas.

Je préfère souffrir comme une plante,

Comme l’oiseau qui ne dit rien sur le tilleul.

Ils attendent. C’est bien. Puisqu’ils ne sont pas las

D’attendre, j’attendrai, de cette même attente.

 

Ils souffrent seuls. On doit apprendre à souffrir seul.

Je ne veux pas d’indifférents prêts à sourire

Ni d’amis gémissants. Que nul ne vienne.

 

La plante ne dit rien. L’oiseau se tait. Que dire ?

Cette douleur est seule au monde, quoi qu’on veuille.

Elle n’est pas celle des autres, c’est la mienne.

Un feuille a son mal qu’ignore l’autre feuille.

Et le mal de l’oiseau, l’autre oiseau n’en sait rien.

 

On ne sait pas. On ne sait pas. Qui se ressemble ?

Et se ressemblât-on, qu’importe. Il me convient

De n’entendre ce soir nulle parole vaine.

J’attends – comme le font derrière la fenêtre

 

Le vieil arbre sans geste et le pinson muet…

Une goutte d’eau pure, un peu de vent, qui sait ?

Qu’attendent-ils ? Nous l’attendrons ensemble.

Le soleil leur a dit qu’il reviendrait, peut-être…

 

Les poèmes de Sabine Sicaud,

Editions Stock, 1958

 

Du même auteur :

« N’oublie pas la chanson du soleil, Vassili… » (05/01/2017)

Chemins du Nord (05/01/2017)