Choumoff_-_Henri_de_Régnier_(detail)[1]

 

Un petit roseau m’a suffi

Pour faire frémir

L’herbe haute

Et tout le pré

Et les deux saules

Et le ruisseau qui chante aussi ;

Un petit roseau m’a suffi

A faire chanter la forêt.

 

Ceux qui passent l’ont entendu

Au fond du soir, en leurs pensées

Dans le silence et dans le vent,

Clair ou perdu,

Proche ou lointain…

Ceux qui passent en leurs pensées

En écoutant , au fond d’eux-mêmes

L’entendront encore et l’entendent

Toujours qui chante.

 

Il m’a suffi

De ce petit roseau cueilli

A la fontaine où vint l’Amour

Mirer, un jour,

Sa face grave

Et qui pleurait,

Pour faire pleurer ceux qui passent

Et trembler l’herbe et frémir l’eau ;

Et j’ai du souffle d’un roseau

Fait chanter toute la forêt.

 

Les Jeux rustiques et divins,

Société du Mercure de France, 1897

Du même auteur :

« Si j'ai parlé / De mon amour … » (17/12/2014)

Vœu (17/12/2016)

Le jardin mouillé (16/03/18)

La lune jaune (11/10/2019)