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Psaume de Pâques

    

     Ah ! qu’il soit proclamé que rien, depuis dimanche, n’est plus

jamais dans l’homme, ni tout à fait désert, ni tout à fait perdu ;

     Et que celui-là qui n’est avec personne – étranger aux fontaines

comme étranger à soi – peut encore accéder à sa propre présence et

entrer en partage avec tout ce qui est s’il se tient libre encore pour

l’attentif amour qui incante et qui lie ;

     Et libre pour son nom ;

     Et libre dès cette heure pour répondre – en tuant ce qu’il lui faut

tuer – à la vie qui l’invite ;

     Et comme la surrection du vol, la nuit d’or soudain dans la nuit,

il soit maintenant assuré que peut commencer le bonheur ;

     Et qu’il ne commence pas seulement contre la mort mais le péché

contre l’Esprit, et cela d’ombre qui est plus terrible à l’âme que

l’équilibre indifférent du seau sur la poutre des citernes taries ;

     Et qu’il  a pouvoir de germer pour que ce qui est ici s’avance

vers ce qui est ailleurs, et que ce qui est ailleurs s’avance vers ce qui

et ici, et que l’un par l’autre le fruit se prépare ;

     Et l’homme à la mesure de l’Homme, et le monde à celle du

Monde, et l’un à l’autre à la mesure de Dieu ;

     Et que la Création s’ordonne dans la délivrance, comme la main

qui ne se détourne pas des pauvres, pour le don de la plénitude !

 

La terre du Sacré,

Editions du Seuil,1966

Du même auteur :

Approche de la mort (14/10/2014)

Noir – mais pour initier (16/12/2016)

 

L’exode annonce une rivière (16/12/2017)