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Il faudrait adopter le brouillard

pour voir au-delà de la vie, on aime

que l’aube s’oublie dans le soleil

levant, notre joie se mesure aux

chants d’oiseaux , aux balancements

des herbes, au bruit des feuilles,

léger, si léger qu’on reconnaît

l’endroit où naissent les souvenirs.

 

Regardez sous la lumière apaise

les profondeurs qui remontent

à la surface des mots, la prendre

contre soi, la lumière, la caresser

change l’ordre des choses qu’on croyait

définitivement blessées – ô l’espérance

de trouver sous les ombres

le calme reflet du ciel qui joue

dans les yeux du petit garçon penché

sur une fourmilière et qui suit,

avec une brindille, le mouvement

d’un insecte choisi par sa patiente vue.

 

Le moindre détail découvert porte

en lui les remous du monde, ce qui

nous occupe un instant prend la forme

de l’éternité, notre respiration est

celle des étoiles, nous voyons, à travers

le réseau des nervures qui soutiennent

les feuilles et nos rêves, les millions

de chemins qui hantent l’univers

et grouillent dans notre chair – puis

le petit garçon accroupi se relève,

une branche a bougé, une semence vole,

il enjambe un ruisseau, s’arrête,

hésite avant d’entrer dans la cour

où sa maison paraît, au-delà de la vie.

 

Elégies pour le temps de vivre

Editions Gallimard, 2012

Du même auteur :

« Tu t’assieds avec moi… » (22/10/2014)

« Je parlerai du mot pluie… » (19/11/2017)

« Tu ouvres la terre... » (19/11/2018)

« Tu vois que les roses ... » (19/11/2019)

« Tu vois que les roses ... » (19/11/2019)