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1

Entaillés

dans l’écorce terrestre

 

avec autour d’eux du temps

assez pour échanger

la mémoire et l’oubli

 

avec le labyrinthe

épuisant

où ils se sont laissés prendre

 

et leur chance

que l’outil ébréché

ait effrité la roche

 

quelque échancrure

où s’agripper

 

2

Difficile à dire

l’anfractuosité

où ils essaient de remuer

 

le dialogue s’y heurte

à des angles sourds

dérision de la caverne

 

l’écho ne revient pas

fait tache de moisi

sur la paroi

 

reste à trouver des sons

que ne déglutissent pas

les murs spongieux

 

des phrases

qui ne pourrissent pas sur pied

 

une écoute entre les mots

qui serait leur espace

 

3

Depuis qu’ils ne comprennent

plus le langage des bêtes

il leur faut articuler

des mots sur la pierre

taillée

sur la cassure

d’avec les éléments

sur la blessure

 

des mots qui contiennent

assez de terre et d’eau

d’air et de feu

intersticiels

pour refaire un monde

 

articulé sur la faille

que ne combleront jamais

les sédiments

les forêts ensevelies

les civilisations

 

un monde seulement humain

exclu de la résonnance

première

mais rempli d’images de lueurs

qui bougent sur la paroi

 

parfois elle vacille

 

L’Unité ou la déchirure

Editions Jacques Brémond, 30210 Remoulins, 1999

Du même auteur : Notes en marge (10/12/2014)