alfaytoury[1]

 

Le Déluge noir

 

L’aube a blanchi ton front,

O terre d’Afrique

L’aurore a éclairé tes entrailles noires et humides,

Entends-tu les chants des nègres

Retentir lourds et terribles… ?

Aperçois-tu les visages des esclaves

Ricanant autour des cercueils des tyrans ?

Tu étais un immense cimetière

Que piétinaient les chevaux des conquérants,

Tu étais une chair pourrie

Qu’avaient crachée les siècles !

 

Terre des esclaves !

Afrique, pays des nègres déguenillés,

Va-nu-pieds.

Comment vivent-ils, dans leur nudité ?

Comment sont-ils des hommes, alors que leur peau est

          couleur d’ébène,

Qu’ils allument leurs feux dans les grottes des montagnes,

Qu’ils logent leurs enfants dans le creux des arbres… ?

(…)

Afrique, pays des trésors,

Terre des nègres déguenillés et va-nu-pieds,

Je vins à toi un jour en nouveau conquérant…

Cherchant la fortune et la vie !

Des dizaines d’année durant, tu as courbé l’échine

Sous le poids lourd des péchés des païens…

Jusqu’à ce que la lumière du matin eut pénétré jusqu’à toi ;

Tu déchiras alors ton linceul

Et tu te redressas alors comme un géant qui regarde l’aurore

          en face,

Qui détourne l’orientation des vents,

Et qui, de nouveau,

Ecrit en lettres de sang son histoire sur le front du soleil !

Entends-tu, Afrique, le chant des noirs,

Qui retentissent lourds et terribles ?

Vois-tu les visages des esclaves ricanant autour des cercueils

          des tyrans ?

 

Traduit de l’arabe par Simon Jargy

Revue « Vagabondages, N°31, Juin 1981 »

Association Paris- Poète, 1981

Du même auteur : Il est mort demain (19/08/2014)