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Troisième île

 

Il y a des îles

où manque la mer

 

comme des amours

brûlent sans amour.

 

 

Il y a des îles

tournées vers l’intérieur

d’elles- mêmes.

 

La mer est au-dessus

de leur forces.

 

 

Il y a des îles

condamnées à l’avance

 

tout leur réussit,

même la paralysie,

même la mort.

 

 

Il y a des îles

qui tournent le dos

à la mer.

 

Pour un peu elles  bâtiraient

un ciel et des étoiles

autour d’elles.

 

 

Il y a des îles

que la mer ennuie.

 

Elles élèvent de hautes collines

pour qu’on ne suive de tous côtés

que leur prairies,

que leurs enfilades de haies.

 

 

Il y a des îles

qui se creusent des vallons,

entretiennent des boqueteaux d’arbres,

 

plient et replient la ligne droite

pour augmenter le silence de leur terre

d’un promontoire à l’autre.

 

 

Il y a des îles

qui dessinent des plans,

inventorient faune et flore,

banderoles et flonflons,

 

des îles qui veulent devenir

plus étincelantes que la mer.

 

 

Il y a des îles

qu’on décide d’aimer,

peut-être de ne plus quitter,

 

mais au fur et à mesure

qu’on avance en elles,

on pense à de nouvelles îles.

 

 

Hôtel des îles

                        à Henri Thomas,

in, Jean Wagner « Gérard Le Gouic, ou la Bretagne universelle »

Editions du Rouergue (Visages de ce temps), 1987

Du même auteur :

« Quand ma chienne me regarde… » (29/11/2014)

Cairn de Barnenez (29/11/2016)

« La campagne semble morte… » (29/11/2017)

Pierres (29/11/2018)