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Messages clandestins

 

MESSAGE CLANDESTIN

Cela grandira hors des cieux,

porté par un vol d’hirondelle.

Cela fumera des blessures,

viendra avec le cri des bêtes.

Ce sera comme un champignon

crevant l’asphalte, un ouragan.

Cela croîtra comme la mousse,

détruisant ce qui existait :

l’éclat du vernis sur les bottes ;

le tube à essai de l’horreur ;

et la rengaine du pouvoir.

Et ce monde s’épanouira

en poussière.

 

CHANSON

C’est peu

ce que je demande à savoir ;

moins que

l’autorité n’exige.

 

Je désire savoir

où il y a des myrtilles

et non s’il y aura la guerre.

 

Je désire savoir

quand la pluie tombera

et  non en combien de parties

se démonte un fusil.

 

C’est peu

ce que je désire en cas de guerre ;

moins que

l’autorité n’exige.

 

Quand l’ennemi arrivera,

je prendrai mon filet à papillon

et je le briserai.

 

Mais je peux aussi bien

chanter cette chanson

et tous les blindés du monde

me passeront dessus ;

 

et puis je me relèverai

dans les vestiges de leur dévastation :

comme un bruant, comme un brin d’herbe.

 

C’est peu

ce que je demande à la vie ;

plus cependant

que ne voudrait l’autorité.

 

DICTATURE

De larmes et de sang

la grive se construit

sur des cubes de verre

le trône de son chant.

Elle règne là-haut,

et, la gorge en feu, crache

le poison de l’extase

dans les étroits cachots,

geôles de la colère.

Le moine frappe

du front de la croix,

le meurtrier se pend ;

la grive règne

DECISION

Parler des pattes de pigeons est agréable ;

leurs petits pas sur le toit de papier goudronné

de la calme tonnelle invite

à penser à la douce pluie d’été.

 

Mais la martre a des griffes plus légères,

car elle marche sur la mousse ; le péril

vient sans bruit et les anges silencieux

se noircissent le bec et les ailes de suie.

 

Parler des griffes des anges est redoutable ;

reconnaître leur trace en de vastes espaces

d’air respiré condamne

à penser aux squelettes d’araignées.

 

Sur quoi se taire maintenant, de quoi parler ?

Le perceptible n’a aucun besoin de bouche,

il est bavard depuis toujours. Ainsi je veux

être une voix de silence profond,

 

dire le menaçant et l’inaccoutumé,

même si mon poème atteint bien peu d’oreilles.

 

ETE ASSASSIN

Les balles traçantes

du chant du rossignol

ont déchiqueté les ombelles

des lilas ; la statue

du printemps a été abattue.

Seule la vesce orne encore

le socle ;

le chef décapité

est recouvert

de traces  de bave

brillante : du bord

salé de l’œil

se nourrit encor l’escargot.

QUAND LE MONDE FRAPPE A TA PORTE

Ne t’éloigne pas de toi,

reste en accord avec toi-même.

Qui doit te donner du courage

le soir, qui doit

baisser les stores, qui

doit te soutenir

quand la porte cochère tremble

sous le coups de poing du monde ?

 

Ne t’éloigne pas de toi,

reste en accord avec toi-même.

Nul ne t’appelle ; tu n’entends

que le vent.

Le chant de l’alouette

ment au nez de la mort ;

le monde qui t’attire

ne souffle mot de ses infirmités.

 

Ne t’éloigne pas de toi,

reste en accord avec toi-même.

On te laisse tomber, tu dois

te renier ;

ainsi le veut le monde.

Il te charme, il a fait pression

sur l’alouette ; vois, elle se tient

sur des griffes de porcelaine.

 

Ne t’éloigne pas de toi,

reste en accord avec toi-même.

Te soit favorables les vents,

la braise de ton foyer

et, le soir, le grillon.

Prête l’oreille à son chant ; il murmure

dans les artères du silence

aussi doucement que ton sang.

 

Ne t’éloigne pas de toi,

reste en accord avec toi-même.

Qui doit être assis près de toi

dans ta chambre, qui doit

t’aider à te faire ?

Ne t’éloigne pas de toi ;

le monde tient debout sur des griffes d’oiseaux,

son chant est mensonge.

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Traduit de l’allemand par Raoul Bécousse

In, Wolfdietrich Schnurre, « Messages clandestins et nouveaux poèmes »,

Editions Noah, 1986

Du même auteur :

Adoration / Anbetung (28/11/2014)

Messages clandestins, poèmes 1945 – 1956 / Kassiber, gedichte 1945 – 1956 (II) (28/11/2016)

Messages clandestins, poèmes 1945 – 1956 / Kassiber, gedichte 1945 – 1956 (III) (28/11/2017)

Harangue du policier de banlieue pendant sa ronde du matin /Ansprache des vorortpolizisten waehrend der morgenrunde (28/11/2018)

Messages clandestins, poèmes 1945 – 1956 / Kassiber, gedichte 1945 – 1956 (IV) (28/11/2019)

Le fils / Der Sohn (28/11/2020)

Nouveaux poèmes 1965 – 1979 (I) / Neue Gedichte 1965 – 1979 (I) (28/11/2021)

 

Kassiber

 

KASSIBER

Es wächst aus den Himmeln

Der Schwalbenflügel, er bringts.

Es dampft aus den Wunden.

Es kommt mit dem Tierschrei.

Pilzig durchbrichts den Asphalt.

Und wird sein wie ein Wehen.

Und wird wuchern wie Moos.

Verderben wird es, was war :

den Glanz auf den Stiefeln ;

das Reagenzglas des Grauens ;

den Singsang der Macht.

Und diese Welt wird erblühen

vor Staub.

 

LIED

Es ist wenig

was ich verlang zu wissen ;

weniger als

die Obrigkeit will.

 

Ich begehre zu wissen,

wo es Blaubeeren gibt

und nicht : gibt es Krieg.

 

Ich begehre zu wissen,

wann regen fällt

und nicht : in wieviel

Teile zerfällt ein Gewehr.

 

Es ist wenig,

was icht im Ernstfall begehre;

weniger als

die Obrigkeit will.

 

Wenn der Feind kommt,

nehm ich mein Schmettetlingsnetz

und zerschlags. 

 

Aber ich kann auch

dies lied singen, und alle

Panzer der Welt

fahren über mich weg;

 

und ich richte mich auf

in den Spuren ihrer Verwüstung:

eine Anmer, ein Halm.

 

Es ist wenig,

was ich vom leben verlange;

doch mehr,

als die Obrigkeit will.

 

DIKTATUR

Aus Tränen und Blut

baut sich die Drossel

auf gläsernen Würfeln

den Thron ihres Lieds.

Dort oben regiert sie,

glutkehlig, speit

das Gift der Verzückung

in die Enge der Kerker,

die Zelle des Zorns.

Der Mönch schlägt

die Stirne ans Kreuz,

der Mörder erhängt sich ;

die Drossel regiert.

 

ENTSCHEIDUNG

Von Taubenfüssen zu reden ist süss ;

ihr Getrippel auf dem Teerpappendach

der sorglosen Laube ermuntert,

an sanfte Sommerregen zu denken.

 

Aber die Krallen des Marders sind leiser,

denn er setzt sie auf Moos ; das Verderben

kommt lautlos, und schweigend schwärzen

die Engel sich Schnäbel und Schwingen mit Russ.

 

Von Engelsklauen zu reden ist furchtbar ;

ihren Abdruck in den Gefilden

geatmeter Luft zu erkennen, verdammt,

an Spinnenskelette zu denken.

 

Wovon nun schweigen, worüber reden ?

Das Hörbare braucht keinen Mund,

er ist geschwätzig seit je. Und so will ich

eine Stimme dert Lautlosigkeit sein,

 

das Drohende sagen, das selten Gewohnte,

wie wenige Ohren meine Strophe auch trifft.

 

MOERDER SOMMER

Die Leuchtspurgeschosse

des Nachtigall-Lieds

haben die Fliederdolden

zerfetzt ; die Statue des

Frühlings wurde gestürzt.

Nur Wicke schmückt noch

den Sockel; das

abgeschlagene Haupt

ist mit Bahnen

glänzenden Schleims

überzogen : vom

Salzrand des Auges

zehrt noch die Schnecke

KLOPFZEINCHEN

Gehe nicht weg von dir,

bleibe  mit dir zusammen.

Wer soll dir Mut machen

am Abend, wer soll

die Läden herablassen, wer

soll dich stützen,

wenne das Hoftor erdröhnt

vom Faustschlag der Welt?

 

Gehe nicht weg von dir,

bleibe  mit dir zusammen.

Niemand ruft dich; du hörst

nur den Wind.

Das Lied der Lerche

lügt  dem Tod ins Gesicht ;

die Welt, die dich lockt,

verschweigt ihr Gebrest.

 

Gehe nicht weg von dir,

bleibe  mit dir zusammen.

Man lässt dich fallen, du sollst

dich verlassen ;

so will es die Welt.

Sie reizt dich, sie hat

die Lerche erpresst ; siehe steht

auf porzellanenen Krallen.

 

Gehe nicht weg von dir,

bleibe  mit dir zusammen.

Die Winde seien dir gut,

die Glut deines Herds

und an Abend die Grille.

Ihrem Lied lausche; es rauscht

in den Adern der Stille

so sanft wie dein Blut.

 

Gehe nicht weg von dir,

bleibe  mit dir zusammen.

Wer soll neben dir sitzen

im Zimmer, wer soll

dir heften zu schweigen?

Gehe nicht weg von dir ;

die welt steht auf Vogelkrallen,

ihr gesang lügt.

 

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Kassiber und neue Gedichte,

Ullstein Buch, Berlin, 1979 et 1982

Poème précédent en allemand :

Rainer-Maria Rilke: Nordsee, I (23/11/2015)

Poème suivant en allemand :

Paul Celan : Strette / Engfürhrung (1/12/2015)