photo[1]

 Clairière

 

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1

s’ouvre la clairière

où la lumière

imite le murmure

des herbes et des ombres

 

le cercle du jour

enferme le temps

dans cet espace offert

à l’attente

 

le glissement des feuillages

désigne une absence

voilée par le soleil

 

2

la clairière est prisonnière

cernée serrée de près

par la forêt

et pourtant les troncs s’éloignent

à l’appel des plaines des collines

les feuilles fuient

loin du centre

loin de ce vide où la paix

trouve son origine

 

3

plus sensible que la foudre

les érables les vieux chênes

enveloppés d’ombre et d’humus

écoutent dans l’épaisseur

ce lointain bruissement

de soleil et de pollen

 

le rien de la lumière

 

4

un sourire sans visage

gagne l’espace abandonné

la vacance si prochaine

qu’elle efface la lumière

 

ni enceinte ni clôture

la muraille des feuilles

avoue mille fissures

l’eau vive est souterraine

 

les arbres baissent leurs paupières

personne n’est annoncé

 

5

évidente l’absence

presque trop visible

dans l’enceinte

préparée pour l’accueil

d’un seul

dont la terrible douceur

garde une forme ronde

 

il faut donc qu’une coccinelle

au bout de cette tige

brille au fond du soir

et que les fines volutes

de quelques renoncules

sur les soieries du ciel

distraient nos yeux et les rassurent

 

les empêchent de voir

 

6

 

les arbres se pressent s’inclinent

au bord de l’arène

où la brise se retire

à l’intérieur du silence

 

voici l’abri plus profond

que la caverne des rêves

adorablement ouvert

sur le bleu de l’oubli

 

un sentier imperceptible

y débouche de la forêt

et d’enfonce de l’autre côté

dans la noirceur

 

7

 

mais nul sentier ne traverse

ce clair de terre

 

c’est ici que toute piste

née entre les troncs les fougères

vient s’abolir

en oubliant sa trace

 

c’est ici le lieu ancien

dont se souviennent les torrents

les rives du vent les rayons

qui dessinent les branches

le cœur qui chemine et demeure

 

mais nul sentier ne traverse

ce clair de terre

 

8

 

si précaire le berceau de verdure

qui flotte immobile

sur le Nil de la forêt

 

vraiment délaissé

par le Temps

dédaigneux d’y effacer

son empreinte

 

mémoire tellement inutile

à la beauté du monde

que les oiseaux la survolent

sans chanter

 

9

 

le rôdeur y enterre son secret

piétine l’humus puis l’habille

de mousse et de brindilles

que vite est venue recouvrir

une brume de graminées

 

il n’y a plus ici que le reflet

du ciel

et le souvenir

d’une jeunesse          abandonnée

 

sous les herbes sauvages

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Clairière,

Editions Desclée de Brouwer,1974     

Du même auteur :

Le (26/11/2014)

L’aube (26/11/2016)

Le point du jour (21/11/2017)

Clairière (67-70) (26/11/2018)

Clairière (10 – 18) (26/11/2019)