Fernando-ARRABAL_reference[1]

 

Je te salue démente !

 

 

Je te salue démente !

 

Etrangement parée pour le bal de l’asile

Tu désires voler sur les rochers du sort

Alors que les furies sont devenues patientes

Grace aux nouveaux psychiatres, ces bergers de la haine

 

Je te salue démente !

 

Au centre du désert sans baisers, ni caresses

Des sectes aux gourous feignant la différence

Se disputent l’opium pour asservir l’enfant

Que parfume le sang versé par l’innocence.

 

Je te salue démente !

 

Tout enfant est un fou, le fou n’est qu’un enfant

Quand sa tête repose sur le divan de plumes.

Les Diafoirus entre eux, très fiers, se congratulent

Bercés par le roulis des certitudes molles.

 

Je te salue démente !

 

Toute damassée de portes sans issues ni secours

Tu nous tiens par la fête et surtout par l’étrange.

Phantasmes et fantômes sont venus d’ici-bas.

Ta cervelle te regarde et ne te connaît plus

 

Je te salue démente !

 

Tu galopes, inconsciente, en chevauchant Sigmund

Ou ses disciples creux, sans école buissonnière.

Héritières du carcan, purgées de tout amour

Leurs têtes vont sombrant dans la norme grégaire.

 

Je te salue démente !

 

Murés dans le cachot de ton retranchement

Tu distilles l’ennui, goutte à goutte, du temps

Craignant de naufrager sur ton sommet flottant

Cernés par des rancoeurs fatalement exactes

 

Je te salue démente !

 

Planant sur un déluge à peine universel,

Au cœur de ton chagrin tu triomphes, ignorant

Le déploiement d’étoiles dans ton sillage noir :

La vierge, la vivace, la belle apocalypse.

 

Je te salue démente !

(Castilfrio de la Sierra, août 2000)

 

Revue « Poésie 1/ Vagabondages, N°42, Juin 2005 »

Le cherche-midi éditeur, 2005

Du même auteur :

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