lermontov_m[1]

 

De ma geôle ouvrez-moi la grille,

L’éclat du jour, donnez-le moi,

Avec les yeux noirs d’une fille,

Un cheval au panache noir !

Un baiser tendre à la belle

Pour commencer, puis en avant,

Dès que je bondis sur la selle

Dans la steppe, comme le vent !

 

Sur les barreaux frappe mon poing,

La lourde porte reste close,

La fille aux yeux noirs est si loin

Et dans son palis se repose.

Le bon cheval,  parmi les prés

S’en va, solitaire et sans bride,

Il galope et flâne à son gré,

Sa crinière fendant la brise.

 

Je suis seul et je suis sans joie,

Des murs nus sont mon horizon

Et de ma veilleuse rougeoie

Un dernier reflet, un dernier rayon.

Derrière la porte, un seul bruit :

Pas rythmé, démarche sonnante,

Dans le silence de la nuit

La sentinelle indifférente  

 

Traduit du russe par Charles Dobzynski

In, « Poésie russe, édition bilingue, anthologie

réunie et publiée sous la direction d'EIsa Triolet »,

Editions Seghers,1965 

 

Du même auteur :

La voile / Парус (15/11/2016)

« Lorsque s’agite et joue la plaine jaunissante… » (15/11/2017)

Monologue / Монолог (15/11/2018)