Rouault_1971[1]

De l’état de cour

 

Voilà celui qui se dit notre roi

Voilà celui par qui nous vient la guerre

Voilà celui qu'à tous nos biens fait guerre

Voilà celui qui tue ceux qu'il veut

 

Voilà celui de qui chacun se deut (1)

Voilà celui qui tailles nous apporte

Au feu d'enfer le grand diable l'emporte

Si aurons paix après qu'il sera mort.

 

Qui argent a la guerre il entretient

Qui argent a gentilhomme devient

Qui argent a chacun lui fait honneur

          C'est monseigneur

Qui argent a les dames il maintient

Qui argent a tout bon bruit lui advient

Qui argent a c'est du monde le coeur

          C'est la fleur

Sur tous vivants c'est lui qui peut et vaut

Mais aux méchants toujours argent leur faut

 

Qui argent a pour sage homme on le tient

Qui argent a tout le monde il contient

Qui argent a toujours bruit en vigueur

          Sans rigueur

Qui argent a ce qu'il lui plaît détient

Qui argent a de tous il a faveur

          C'est tout heur

D'avoir argent quand jamais ne défault

Mais aux méchants toujours argent leur faut

 

Qui argent a à tous plaît et revient

Qui argent a chacun devers lui vient

Qui argent a sur lui n'a point d'erreur

          De malheur

Qui argent a nul son droit ne retient

Qui argent a s'il veut à tous subvient

Qui argent a il est clerc et docteur

          Et prieur

S'il a des biens chacun l'élève haut

Mais aux méchants toujours argent leur faut.

 

L'argent fait tout,  car à tout fait injure

Le juge droit il fait tord devenir

L'argent fait tout car il faut maintenir

Rumeurs débats perdre ville et châteaux

L'argent fait tout quand il fait détenir

Entre faignants des traîtres à monceaux.

 

Par argent sont les gens pendus

Par argent sont châteaux vendus

Par argent tout mal est commis

Par argent droits ne sont rendus

Par argent honneurs sont perdus

Par argent l'on vend ses amis

Par argent jadis fut démis

Par argent le bon en vient pire

Par argent est l'homme soumis

A grave douleur et martyre.

 

(1) plaint

Les Contredits du Songecreux

En illustration, "Songe creux" de Georges Rouault