borges[1]

 

Œdipe et son énigme

 

Quadrupède à l’aurore, à midi profilant

Sur le ciel sa droiture, et dans le jour qui baisse

A trois pattes clochant débile : la déesse

Durable voyait ainsi son frère vacillant,

L’homme. Mais vers le soir voici qu’un homme arrive,

Et tombe au piège qu’il résout : dans le miroir

De cette monstrueuse image il a pu voir,

Bouleversé, notre destin et sa dérive.

Nous sommes tous Œdipe ; il a tout su de tous,

Il a vu cette longue et triple bête : nous.

Je suis ce que je fus et ce que je vais être

Tout ensemble. Mais je serai anéanti

Si je laissai ma loi difforme m’apparaître.

Clément, Dieu m’a donné le progrès et l’oubli.

 

Traduit de l’espagnol par Nestor Ibarra

In, « Œuvre poétique, 1925 -1965 »

Gallimard (Du monde entier), 1970

Du même auteur : Art poétique / Arte poética (08/11/2014)

 

 

Edipo y el enigma

 

 

Cuadrúpedo en la aurora, alto en el dia

y con tres pies errando por en vano

ámbito de la tade, así veía

la eterna esfinge a su inconstante hermano

 

el hombre, y con la tarde un hombre vino

que descifró aterrado en el espejo

de la monstruosa imagen, en el reflejo

de su declinación y su destino.

 

Somos Edipo y de un eterno modo

la larga  y triple bestia somos, todo

lo que seremos y lo que hemos sido.

 

Nos aniquilaria ver la ingente

forma de nuestro ser ; piadosamente

Dios nos depara sucesión y olvido.

Poème précédent en espagnol :

Pablo Neruda: Vingt poèmes d’amour et une chanson désespérée / Veinte poemas de amor y

una canción desesperada (02/11/2015)

 

Poème suivant en espagnol :

José Emilio Pacheco : Las ruinas de México (Elegia del retorno) (13/11/2015)