Luc_Decaunes[1]

 

Gloire de l’été

                                                            A Jean Tortel

 

     C’était l’été. Mille oiseaux faisaient un saccage de vignes, un saccage

de silence. Mille fleurs s’ébrouaient dans la lumière éparpillée. Mille

voix prenaient le chemin du vent.

 

     C’était l’été. De hauts pollens, échappés des arbres, palpitaient dans

l’air puis s’abattaient à la volée comme une neige de soleil sur l’étendue

des bois murmurants.

 

     A fleur de colline, la terre rouge montrait sa gorge ouverte par le

poignard des années, où bouillonnaient ronces, fougères, genêts, tout

un flanc de sang végétal en furieuses échappées. Et dans la combe aux

amoureux, là-bas, au plus aigu de la secrète faille, l’eau rare laissait

voir par places son joli corps luisant et frais en fuite sous un lacis d’herbes,

de branches, de rayons.

 

     Des moiteurs vertes se pâmaient ; des nuées de senteurs stagnaient

dans les sentiers, chauds comme au sortir d’un four ; des colonnes de

silence épais s’ajoutaient aux colonnes d’arbres : cathédrales ! l’azur se

voûtait, se tendait comme un arc. C’était l’été. C’était le bel été, le grand

été tout rond, crépitant tel un feu de pignes au milieu des pierres, brûlant

la terre et cuisant l’eau, avec ses hauts après-midi à donner le vertige, où

ne s’entendent plus que le concert fou des insectes et l’étendue des bois

murmurant au soleil.

 

Chaleurs

In, Revue « Arfuyen II », 1975

 

Du même auteur :

Entre Ménerbes et lumières (26/10/2016)

Parler se fait rare (26/10/2017)