marc%20rombaut[1]

 

La nuit s’est battue toute la nuit contre la nuit.

Au lever du jour, la terre avait le visage

de ses transes nocturnes. Il lui a fallu tuer

tant de fantômes qu’elle s’étonna de la joie

sereine de l’aube. Tout prenait forme,

couleur, goût, odeur de bonheur, d’amour,

de jour. Une respiration nouvelle

s’emparait d’elle, une aspiration

à être.

 

 

Tu t’ouvres comme la paume du soleil.

Interdit je me jette en toi ;

âpreté de ma bouche

          dévoreuse.

Constellée d’éclats tu murmures

          la lente possession

des corps

          et le geste dépouillé qui

enlace le désir.

Tu te fends d’un  nuage noir

          soudaine blancheur d’une

          lumière chaude et nue

tes seins s’arrondissent à mes

          lèvres

          chaleur tiède .

En toi les eaux dormantes

mes doigts dévoilent ton ventre

où l’iris secret s’abreuve de vie

          lèvres pulpeuse qui sont

fruit de la vague.

 

Le vent te frôle

sable humide  tu ondules au passage

de mes mains

j’entends le bruit de la vie

te parcourir

          bruit de mer.

Les mouvements de ton corps nu

renversent ton visage sauvage

et transparente, ciel sans eau

tu délivres nos cris, tu dénoues

nos chairs.

Miroirs solitaires, soleils émigrés

dans les fleuves incandescents

nous portons le temps

                       au

centre de nous-mêmes.

Ma mémoire a goût de poussière.

Mon corps s’apprend à vivre.

Tes jambes ouvertes

              sourire rose

          chantent une marée d’écume.

 

A l’aube de nos corps, le jour

commence. 

 

Nuit et Parole

Editions Saint - Germain - des – Prés, 1975