marc-antoine-girard-de-saint-amant-2013-08-29-10-07-15[1]

 

 

Le soleil levant 

 

Jeune déesse au teint vermeil,     

     Que l'Orient révère,

Aurore, fille du soleil,

     Qui nais devant ton père,

Viens soudain me rendre le jour,

Pour voir l'objet de mon amour.

 

Certes, la nuit a trop duré ;

     Déjà les coqs t'appellent.

Remonte sur ton char doré,

     Que les Heures attellent,

Et viens montrer à tous les yeux

De quel émail tu peins les cieux.

 

Laisse ronfler ton vieux mari 

     Dessus l’oisine plume, 

Et pour plaire à ton favori 

     Tes plus beaux feux rallume, 

Il t’en conjure à haute voix, 

En menant son limier au bois.

 

Mouille promptement les guérets

     D'une fraîche rosée,

Afin que la soif de Cérès

     En puisse être apaisée,

Et fais qu'on voie en cent façons

Pendre tes perles aux buissons.

 

Ha ! je te vois, douce clarté,

     Tu sois la bienvenue :

Je te vois, céleste beauté,

     Paraître sur la nue,

Et ton étoile en arrivant

Blanchit les coteaux du levant.

 

Le silence et le morne roi

     Des visions funèbres

Prennent la fuite devant toi

     Avecque les ténèbres,

Et les hiboux qu'on voit gémir

S'en vont chercher place à dormir.

 

Mais, au contraire, les oiseaux 

     Qui charment les oreilles

Accordent au doux bruit des eaux

     Leurs gorges non pareilles,

Célébrant les divins appas

Du grand astre qui suit tes pas.

 

La Lune, qui le voit venir,

     En est toute confuse ;

Sa lueur, prête à se ternir,

     A nos yeux se refuse,

Et son visage, à cet abord,

Sent comme une espèce de mort.

 

 

Le voilà sur notre horizon 

     En sa pointe première. 

Et que l’Ethiopien a raison 

     D’adorer la lumière 

Et qu’il doit priser la couleur 

Qui lui vient de cette lumière 

…………. 

Le chevreuil solitaire et doux,

     Voyant sa clarté pure

Briller sur les feuilles des houx

     Et dorer leur verdure,

Sans nulle crainte de veneur,

Tâche à lui faire quelque honneur

 

Le cygne, joyeux de revoir

     Sa renaissante flamme,

De qui tout semble recevoir

     Chaque jour nouvelle âme,

Voudrait, pour chanter ce plaisir,

Que la Parque le vînt saisir....

 

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L'abeille, pour boire des pleurs,

     Sort de sa ruche aimée,

Et va sucer l'âme des fleurs

     Dont la plaine est semée ;

Puis de cet aliment du ciel

Elle fait la cire et le miel.

 

Le gentil papillon la suit

     D'une aile trémoussante,

Et, voyant le soleil qui luit,

     Vole de plante en plante,

Pour les avertir que le jour

En ce climat est de retour.

 

Là, dans nos jardins embellis

     De mainte rare chose,

Il porte de la part du lys

     Un baiser à la rose,

Et semble, en messager discret,

Lui dire un amoureux secret.

 

Au même temps, il semble à voir

     Qu'en éveillant ses charmes,

Cette belle lui fait savoir,

     Le teint baigné de larmes,

Quel ennui la va consumant

D'être si loin de son amant.

 

Du même auteur :

La solitude (21/12/2016)

« Assis sur un fagot… » (21/12/2017)

Le paresseux (21/12/2018)