claude_esteban[1]

Croyant nommer

 

…………………………

Armure du matin.

 

Je ne sors plus

de moi. Je traverse

 

mes lèvres

 

sans voir que le soleil

déchire l’air

 

                          les murs.

 

 

J’invente des couloirs

où le froid s’accumule

 

courbe

 

jusqu’à ce cri.

 

*

*   *

A chaque pierre

 

dans l’éclat

inanimé du jour

 

la terre découvrant à nu chaque désastre

 

 

Tout fut obscur. Longtemps

la tourbe des journées

 

pourrit contre le mur immense

 

l’immobile.

 

 

                     L’ordre

naissait de l’ordre. Le soleil

accoutumait les choses mortes à leurs

 mesures.

 

L’assaut depuis. La longue déchirure.

 

*

*   *

Sables. Silences gris. Air

sans un souffle d’air

qui le soulève.

 

Si j’avançais

 

un peu de ciel, sans doute –

 

O Table de la mer

qui bouge

                   prends pitié.

 

*

*   *

Tout ce qui fut tracé

 

sur les terres anciennes par des mains

demeure

              même clos de pierres

mortes.

 

Non le sillage successif des feuilles

 

L’arbitraire du vent gouverne

- mais un seul jour.

 

 

                               Arbre

dans les calculs de la nécessité

il tournera longtemps les meules

noires du savoir

                         sans goûter à son grain

mutiple.

 

 

             Mais pour nous

l’être se donne avec mesure dans

les choses

                  et les dissipe

quand nos corps ont connu le désir.

 

Reviens pourtant

                           plus tard que nous

dans nos langages façonnés

 

(sans fin)

comme la soif habite l’eau.

 

*

*   *

Droite

 

et contre le ciel cette saveur des choses

concertée.

               Tu parlais

de promesses folles que les dieux

firent au premier jour.

                                    Semailles.

 

 

Puis le vent –

 

 

Restait à l’homme

de saisir par le mortier des mots

l’ombre dont il hérite.

 

L’homme

qui ne connaît de l’homme

qu’un poids d’os.

 

Visages érodés.

                         Sillons.

 

Leur travail dans le temps

a fait lever cette herbe qui les rassemble.

 

*

*   *

Septembre avec les mots.

J’habite la chaleur à grandes marches.

 

Sans sortir du soleil, sans

gestes 

 

L’été s’enfonce dans les jarres.

 

Vigne probable

encore.

 

J’ai le savoir de l’amandier pour moi.

Je le disperse.

 

*

*   *

Les graines sont tombées.

Tout

le travail du jour

repose maintenant

                 sur quelques morts.

 

 

Un goût de cuivre

monte vers les lèvres.

 

Pouvoir

porter le temps

 

un peu plus loin.

 

Croyant nommer,

Editions Galanis, 1971

Du même auteur :

«Quand on a souffert trop longtemps… » (10/06/2014)

« Dans le vide qui vient… » (12/03/2018)

« Cette femme ... » (13/09/2019)