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Fin de soirée

 

En fin de soirée, la montée de l’écoeurement est un phénomène

inévitable. Il y a une espèce de planning de l’horreur. Enfin, je

ne sais pas ; je pense.

L’expansion du vide intérieur. C’est cela. Un décollage de tout

événement possible. Comme si vous étiez suspendu dans le vide,

à équidistance de toute action réelle, par des forces magnétiques

d’une puissance monstrueuse.

 

Ainsi suspendu, dans l’incapacité de toute prise concrète sur le

monde, la nuit pourra vous sembler longue. Elle le sera, en effet.

Ce sera, pourtant, une nuit protégée ; mais vous n’apprécierez

pas cette protection. Vous ne l’apprécierez que plus tard, une fois

 revenu dans la ville, une fois revenu dans le jour, une fois revenu

dans le monde.

Vers neuf heures, le monde aura déjà atteint son plein niveau

d’activité. Il tournera simplement, avec un ronflement léger. Il vous

faudra y prendre part, vous lancer – un peu comme on saute sur le

marchepied d’un train qui s’ébranle pour quitter la gare.

Vous n’y parviendrez pas. Une fois de plus, vous attendrez la nuit –

qui pourtant, une fois de plus, vous apportera l’épuisement,

l’incertitude et l’horreur.

Et cela recommencera ainsi, tous les jours, jusqu’à la fin du monde.

 

Le Sens du combat,

Editions Flammarion, 1996

Du même auteur :

« Est-il vrai … » (06/10/2014)

« Mon corps est comme un sac… » (06/10/2016)

« Le jour monte et grandit… » (06/10/2017)

Différenciation rue d’Avron (06/10/2018)