27186_Seferis-George[1]

 

Hélène

 

Qu’est-ce Platrès ? Et qui connaît cette île ?

J’ai passé ma vie à entendre des noms inconnus :

Pays nouveaux, nouvelles folies des dieux

Ou des hommes ;

                           mon destin qui ondoie

Entre l’épée ultime d’un Ajax

Et une autre Salamine

M’a conduit jusqu’ici, sur cette rive.

                                                           La lune

A jailli de la mer comme Aphrodite,

Eclipsé la constellation de l’Archer et va maintenant

Vers le cœur du Scorpion, tout se métamorphose.

Où est la vérité ?

Moi aussi, j’étais archer pendant la guerre ;

Mon destin, celui d’un homme qui manqua le but.

 

Rossignol, aède

Par une nuit semblable, sur la grève de Protée

Les captives de Sparte t’écoutèrent et chantèrent le thrène.

Et parmi elles – qui l’eût cru – Hélène !

Celle que, tant d’années, nous cherchâmes au Scamandre ;

Elle était là, à l’orée du désert.

Je la touchai, elle me parla :

« Ce n’est pas vrai, ce n’est pas vrai » criait-elle,

« Je ne suis pas montée sur le navire à la proue d’azur

Je n’ai jamais foulé le sol de la vaillante Troie. »

 

Traduit du grec par Jacques Lacarrière et Egerie Mavravi

In, Georges Séféris : « Poèmes »

Editions du Mercure de France, 1963

 

Du même auteur : Aveugle (01/03/2019)