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Hauts paysages de l’ascension, ciels penchés, mystère

   éclatant

le soir venant je vous ai vus à la jointure entre déclin  et

   triomphe.

 

L’amertume du temps retombait, pénombre violette,

   lorsqu’ aux lointains de la terre une lumière vespérale

   parut,

un spectre de lumière plutôt, par-dessus la ligne des collines

   et des vignes,

lumière verte cuivrée, sans but, sans cause, de bon augure,

   comme quand s’ouvre une porte et se déverse d’une pièce

   fermée

la lueur. Et moi qui regardait sans pensée, de voir soudain

   mon voisin en larmes j’ai compris qu’il se passait là quelque

   chose de profond, source d’une émotion mêlée de peur,

   tandis qu’au loin

des troupeaux d’agneaux me rappelaient les carillons d’une

   vérité naturelle pour toujours sacrifiée,

tandis que devant moi cloué dans les épines j’apercevais cœur

   tout rouge la rose

participant à cette heure grave tête penchée tous ses pétales ensemble

   ouverts…

 

Cohortes de Dieu, l’heure finit par venir où par-dessus les tourments

   les épreuves

un doux crépuscule efface le brouillard de notre vie ;

et à l’orée de la nuit, ouvre un passage, qui nous appelle un instant

vers cela seul, vers cela seul que nous aurions bien fait de vivre.

 

Traduit du grec par Michel Volkovitch

In « Les poètes de la Méditerranée. Anthologie"

Editions Gallimard / Cultures France (Poésie), 2010

 

Du même auteur :

Préhistoire (10/07/2014)

Première pluie (10/09/2016)

Cartographie de la lumière (10/09/2017)

L’ogre / Ο δράκος (10/09/2018)