AVT_Mahmoud-Darwich_9231[1]

 

Pluie d’automne lointain

 

Douce pluie d’un automne lointain,

Les oiseaux sont bleus… bleus,

Et la terre est en fête.

Ne dis pas : Je suis un orage dans l’aéroport,

Car je n’attends de ma patrie tombée des vitres des trains

Que le mouchoir de ma mère

Et des raisons de mourir encore.

 

Douce pluie d’un automne étranger,

Les fenêtres sont blanches… blanches,

Et le soleil, un verger, au couchant.

Je suis une orange spoliée.

Pourquoi t’échappes-tu de mon corps ?

Quand je requiers du pays des couteaux et du rossignol

Que le mouchoir de ma mère

Et des raisons de mourir encore.

 

Douce pluie d’un automne triste,

Les rendez-vous sont verts… verts

Et le soleil est de glaise.

Ne dis pas : Nous t’avons aperçu dans le trépas du jasmin.

Mon visage était un soir,

Ma mort, un nouveau-né.

Et je ne requiers pas de ma patrie qui a oublié l’accent des

   absents

Que le mouchoir de ma mère

Et des raisons de mourir encore.

 

Douce pluie d’un automne lointain,

Les oiseaux sont bleus… bleus,

Et la terre est en fête.

Les oiseaux se sont envolés vers un temps qui ne reviendra

   pas,

Et tu voudrais connaître mon pays

Et ce qu’il y a entre nous ?

- Ma patrie est une jouissance sous le joug.

- Mon baiser a été envoyé par la poste,

Et je ne requiers de la patrie qui m’a occis

Que le mouchoir de ma mère

Et des raisons de mourir encore.

1969

Traduit de l’arabe par Elias Sanbar

in, Mahmoud Darwich : "La terre nous est étroite et autres poèmes"

Editions Gallimard (Poésie), 2000

Du même auteur :

Fresque sur le mur (29/06/20/2014)

إلـى أمّــي  /A ma mère(29/08/2016)

La quasida de Beyrouth (29/08/2017)

   درس من كاما سوطرا  /  L’art d’aimer  (29/082018)