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Ulysse XX

 

   Ne rentre pas dans ton foyer Ulysse !...

   Dans les mers tuées par le pétrole, la rouille et le strontium,

   des sirènes chantent de leur voix métallique.

   Attaché au mât, tu rendras l’âme avant qu’elles ne se taisent.

Survis :

   c’est aujourd’hui un exploit ! Notre terre est labourée et de sel

   ensemencée par de vrais fous ; un arbre au tronc desséché pointe

   dans ce désert, enfoncé au soleil sanglant… Qu’importe que tu

aies

   crevé l’oeil du Cyclope ! L’aveuglement dans la grotte nous retient… 

 

    Je sais : toute attaque, désormais, pour le héros est inutile ;

   fiction naïve que le mythe du cyclope

   et les dieux sont morts… Mais le mortel est bien vivant !

   Et il me faut partir, me hâter vers Ithaque

   ou depuis mille ans, devant son métier, Pénélope m’attend

   pour finir sa toile, camisole de force du vingtième siècle.

 

Traduit du bulgare,

in Revue « Poésie 1 / Vagabondages, N°33, Mars 2003 »

Le Cherche Midi éditeur, 2003