michel_butor[1]

 

   Au-delà de l’horizon le rouge est plus rouge, l’œil est

plus vif, l’or est ce que l’on croyait quand on le cherchait,

le passage entre la plage et les vagues se fait en toute

douceur, les fleurs s’épanouissent au fond de la mer et les

algues remuent doucement sur les toits de tuile comme

une chevelure de lierre.

   Au-delà de l’horizon il n’y a ni formalités ni tampons,

ni discours électoraux ni fabrication d’armements, les

hélicoptères ne font pas de bruit, les enfants jouent avec

les flammes, et les oiseaux lancent artistement des fientes

de couleurs odorantes sur les bitumes phosphorescents.

   Au-delà de l’horizon il y a d’autres horizons où les

vrilles des lendemains font irruption dans les jardins

d’attente, où le temps se retourne pour apaiser les effrayants

appels d’antan et les flammes de morts se raniment dans

leurs orbites pour peupler l’espace en invitant les aventuriers,

où la patience de tant de siècles touche enfin à sa récompense

et l’on peut y secouer les haillons de l’ancienne humanité

presque sans regrets.

 

A la frontière,

Editions de la Différence,1996

 

Du même auteur :

Le tombeau d’Arthur Rimbaud (12/08/2016) 

Vers l’été (12/08/2017)

Lectures transatlantiques (12/08/2018)