vahe-godel[1]

 

Murs sans fenêtres

Portes closes

 

I

Ici j’apprends le langage des murs :

cette fissure en sait plus long que moi

ce trou clame son innocence

cet autre ne dit rien

ce clou cache son jeu

 

(cette mouche immobile

est le centre du monde)

 

II

A force d’être

silencieux

                     et nus

dépourvus de fenêtres

 

les murs m’ont revêtu

de leur ombre

                       de leur silence

et de leur dénuement

 

III

Ici je scrute les portes closes

- celles qui font la sourde oreille

celles qui s’ouvrent sans s’ouvrir

celles qui n’ont d’autres raisons de vivre

que leur serrure

 

celles qui font semblant de sortir de leurs gonds

 

(celles qui séparent le vide

et le néant)

 

IV

Ici nul remous nulle

saillie nulle lueur

 

il n’est pas jusqu’aux murs

qui n’étouffent leurs cris

il n’est pas jusqu’aux portes

qui ne brûlent de fuir

 

tout demeure au point mort

 

(enfoui sous les seuils

quelque chose

                          venu

du large

             attend son heure)

 

Coupes  sombres

Editions de la Baconnière, 1974

 

Du même auteur :

Le survol du volcan (25/07/2016)

« ( Espace… » (25/07/2017)

« Prendre racine, prendre corps... » (25/07/2018)

Mehr licht (14/09/2019)