220px-Jean-Pierre_Siméon_-_Cheyne_-_août_2011[1]

XX

 

Je veux te dire cette sorte de secret

qu’on ne lit qu’en soi loin

derrière les paupières fermées

longtemps après que sur le cercueil

se sont reformés les liens du jour

 

tes morts ne sont qu’à toi


toi seule sais leur nom véritable

celui qu’on n’écrit pas aux registres

parce qu’il n’est signe dans nulle langue humaine

et qu’il n’est pas d’oreilles pour la voix qui le dit


toi seule les vois tes morts

hors leur visage de cendres

et les vois sans faillir dans l’absence même

toi seule l’ombre plus claire dans l’ombre

où leur regard paraît


et l’exacte main de douceur sur ton front

pareille au flux des herbes dans la brise

toi seule la reconnais

qui n’est pas la matière des songes

ni comme le souvenir appariée au désert


toi seule sais

la douceur des morts qui t’appartiennent

car tu es né de leur douceur

et tu prolonges dans chacun de tes gestes

la douceur qui fut le pli heureux de leur vie

à tes yeux désormais

de voir clair dans la transparence

que fait leur disparition

à toi de comprendre dans la vie requise

l’effacement et le soleil unanimes

ta joie volontaire

et la beauté sans volonté des choses


comme endormis tes morts rêvent à tes côtés


tu ne guériras pas de leur nuit

mais tu accompliras

comme l’île continuant la terre où elle n’est plus

leur part perdue

car fille des tes morts

tu es ce qu’ils ignoraient d’eux-mêmes

 

 

Lettre à la femme aimée au sujet de la mort

Cheyne éditeur, 2006 

Du même auteur :

« Avant que d’avancer puissamment dans la nuit… » (14/07/2014)

« Rien n’est plus beau… » (14/07/2016)

Où passent des secrets (14/07/2017)

« ma prière... » (14/07/2018)