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Saboter l’aube

 

Faire parler les choses. Le jour tremblera alors.

Les heures en mouvement compteront leurs minutes.

Comme un oiseau blessé dira la chute du Temps,

l’inutilité de chaque seconde. Passé, présent, ni

demain, n’existent ; tout ne fait qu’Un au creux de

ta main. Sache longuement méditer le minuscule et

le détail ; acquiers l’intelligence de l’œil. Dans

ton jardin ne coupe plus l’herbe et dans ton cœur

reprends confiance en la poussière. Toujours se

répéter que tout transpire la terreur et le trouble

des matins renouvelés ; pour en finir avec ce sang

qui te gicle par le nez ; saboter l’aube.

Alors peut-être une Nuit infinie pourra-t-elle travailler

librement à la naissance du jour éternel, peuplé

d’hommes debout à l’orée des forêts.

Voilà pourquoi j’accorde crédit à la tasse de café

refroidi, au livre dont les pages ne seront jamais

coupées, à l’épave de n’importe quel navire.

Je réserve cependant mon amour au fusil toujours chargé

que brandissent parfois mes rêves.

Et je le dis : combattre aux côtés  des choses.

 

In, Revue « Vagabondages, N° 28-29,  Mars/Avril 1981

Atelier Marcel Jullian, 1981

 

Du même auteur : » Depuis l’aube en silence … » (07/08/2016)