product_9782710309628_195x320[1]

Attentes

 

L’homme qui se guette au portillon de la gare,

Et n’arrive jamais.

                              Il reviendra demain.

*

L’homme qui croit qu’il est en prison,

                                                             et s’attend

Dehors, sur le trottoir et la fin de sa peine

*

L’homme, dans son imperméable sous la pluie,

Qui se tient à l’abri de l’auvent du hangar,

Sur le quai où vient d’accoster le grand navire,

Et surveille la coupée d’où il doit descendre.

*

L’homme invisible qui prend une ombre en filature,

Et n’arrête à la fin que son complice obscur.

Coups de feu échangés, et l’ombre tombe morte ;

Petite flaque grise que dilue la pluie.

*

Un homme qui refuse de se reconnaître

Dans les vitrines, et repart à sa recherche

*

Un homme qui, lassé de ne pas se trouver,

S’invente comme il peut, en désespoir de cause.

                                                                        (...)

 

In, "La Nouvelle Revue Française, N° 280, avril 1976"

Editions Gallimard, 1976

 

Du même auteur :

« J’ai la nostalgie d’une plaine d’herbes... » (24/06/2016)

Pluie (30/10/2017)

La mer mauvaise (27/12/2018)