220px-Fp40[1]

 

Plutôt le vol de l’oiseau qui passe sans laisser de trace,

que le passage de l’animal, dont l’empreinte reste sur le sol.

L’oiseau passe et oublie, et c’est ainsi qu’il doit en être.

L’animal, là où il a cessé d’être et qui, partant, ne sert à rien,

montre qu’il y fut naguère, ce qui ne sert à rien non plus.

 

Le souvenir est une trahison envers la Nature,

Parce que la Nature d’hier n’est pas la Nature.

Ce qui fut n’est rien, et se souvenir c’est ne pas voir.

 

Passe, oiseau, passe,  et apprends-moi à passer !

 

Traduit du portugais par Armand Guibert

In , «Fernando Pessoa : Le gardeur de troupeau et les autres poèmes

d’Alberto Caeiro »

Editions Gallimard, 1960

 

Du même auteur :

A la veille de ne jamais partir /Na véspera de não partir nunca  (20/06/2014)

Passage des heures / Passagem das horas (20/06/2016)

Le Gardeur de troupeaux /O Guardador de rebanhos ((I-X) (20/06/2017)

« Parfois, en certains jours de lumière ... » / « Às vezes, em dias de luz... » (20/06/2018)

Le Gardeur de troupeaux /O Guardador de rebanhos (XI-XXX) (20/0/2019)

 

 

 

 

Antes o vôo da ave, que passa e não deixa rasto,

Que a passagem do animal, que fica lembrada no chão.

A ave passa e esquece, e assim deve ser.

O animal, onde já não está e por isso de nada serve,

Mostra que já esteve, o que não serve para nada.

A recordação é uma traição à Natureza,

Porque a Natureza de ontem não é Natureza.

O que foi não é nada, e lembrar é não ver.

 

 Passa, ave, passa, e ensina-me a passar!

 

 Poemas de Alberto Caeiro, Ática, Lisboa, 1946.

Poème précédent en portugais :

Antonio Ramos Rosa  : La femme dilacérée / A mulher dilacerada (02/09/2014)

Poème suivant en portugais :

Antonio Ramos Rosa  Une voix / Uma voz (02/09/2015)