francis-ponge[1]

 

Le cageot

 

     A mi-chemin de la cage au cachot la langue française  a cageot,

simple caissette à claire-voie vouée au transport de ces fruits qui

de la moindre suffocation font à coup sûr une maladie.

     Agencé de façon qu’au terme de son usage il puisse être brisé

sans effort, il ne sert pas deux fois. Ainsi dure-t-il moins longtemps

que les denrées fondantes ou nuageuses qu’il enferme.

     A tous les coins de rues qui aboutissent aux halles, il luit alors

de l’éclat sans vanité du bois blanc. Tout neuf encore, et légèrement

ahuri d’être dans une pose maladroite à la voirie jeté sans retour, cet

objet est en somme des plus sympathiques, - sur le sort duquel il

convient toutefois de ne s’appesantir longuement.

 

Le parti pris des choses,

Editions Gallimard, 1942

Du même auteur :

l’Huître (06/05/2014)

Le savon (06/06/2016)

La terre (05/06/2017)

La figue (06/06/2018)

L’Ardoise (06/06/2019