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N’envoyez plus de lettres, seulement des feuilles

d’arbres, que le soleil détache ou le vent cueille

ou l’automne abat et dépose entre vos mains.

Je ne les recevrai jamais le lendemain,

mais j’ai depuis toujours l’habitude d’attendre

et mon cœur, de veiller, n’en sera pas moins tendre.

Vous ne pourrez, c’est vrai, rien écrire dessus,

cependant je lirai comme si j’avais su

les paroles que vous formulez dans votre âme

tant vos rêves ont pour moi l’éclat de la flamme.

Choisissez les couleurs suivant le ton des jours ;

que la feuille soit fraîche si le ciel est lourd,

et d’un vert bien profond si l’azur est trop pâle.

Qu’elle soit de chêne et blonde comme le hâle

au front d’un bel enfant, quand s’achève l’été,

et lorsque vient Novembre, afin de refléter

ce qu’il ensevelit et ce qu’il remémore

veuillez me cueillir une feuille au sycomore.

(Mais qu’elle soit de hêtre, d’aulne ou d’olivier,

que m’importe après tout pourvu que vous viviez !)

Et si, dans le futur, un jour Dieu vous propose

par hasard le bonheur, pour me dire la chose

envoyez simplement une feuille de rose.

 

Poèmes choisis, Pierre Seghers éditeur, 1964 

 

De la même auteure : Pax (14/06/2016)