chessex[1]

13 Janvier 1976

 

Visage revenu de la mort

Mains croisées sur le soleil de l’inconnaissable

Visage, os, lumière enfouie

Qui suis-je pour oser vous contempler

Sans hurler d’effroi et de tristesse

 

Cortège entre les maisons

Quatre paysans sortis de vos poèmes

Vous portent

Nous marchons derrière vous

Pluies, larmes, nous nous souvenons

 

Ce matin la chapelle est une amande

Cruellement accueillante

Les quatre paysans vous ont déposé devant nos yeux

Seul sous le drap des morts

Nous ne comprenons pas,

                                        nous ne pouvons pas comprendre

Toute parole vous éloigne et vous approche

Vous qui errez maintenant

Dans quelques campagne inatteignables

 

Ombres plus transparentes que les autres ombres

Dans cet ailleurs

Où votre regard voyait depuis toujours

                                                           votre vrai lieu

O Roud

Maintenant nous sortons sous les arbres

Nous gagnons votre fosse

De grands déplacements de nuages se font dans le ciel

 

Jetant le reflet de l’éternel

Sur notre assemblée désolée

Et vous

La corde lentement vous descend

A votre lit à jamais

Loin de toute réponse

 

In, Maurice Chappaz, Philippe Jacottet, Jacques Chessex :

« Adieu à Gustave Roud », Bertil Galland éditeur, Vevey (Suisse), 1977

 

Du même auteur :

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