Vigny,_Alfred-Victor[1]

 

Souvent dans les forêts de la Louisiane,

Bercé sous les bambous et la longue liane,

Ayant rompu l’œuf d’or par le soleil mûri,

Sort de son lit de fleurs l’éclatant colibri :

Une verte émeraude a couronné sa tête,

Des ailes sur son dos la pourpre est déjà prête,

La cuirasse d’azur garnit son jeune cœur,

Pour les luttes de l’air l’oiseau part en vainqueur…

Il promène en des lieux voisins de la lumière

Ses plumes de corail qui craignent la poussière ;

Sous son abri sauvage étonnant le ramier,

Le hardi voyageur visite le palmier.

Mais les bois sont trop grands pour ses ailes naissantes,

Et les fleurs du berceau de ces lieux sont absentes ;

Sur la verte savane il descend les chercher ;

Les serpents-oiseleurs qu’elle pourrait cacher

L’effarouchent bien moins que les forêt arides.

Il poursuit près des eaux le jasmin des Florides,

La nonpareille au fond de ses chastes prisons,

Et la fraise embaumée au milieu des gazons.

 

Eloa, ou la Sœur des Anges,

Auguste Boulland et Cie, Libraires, Paris, 1824

 

Du même auteur :

La Maison du berger (05/05/2016)

« Je suis celui qu’on aime... » (02/06/2018)