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     Un ramier, puis un second émergent des feuilles de pommier sous

ma fenêtre. Un merle noir comme mûre auprès d’une grive sur le

troisième fil de la ligne électrique au-dessus du premier champs vers

la ville. Le ciel du 31 mai 1971. Jeunesse qui est à moi, l’homme aux

quarante-trois ans. Ma jeunesse n’est pas derrière moi dans quelque

passé, mais ici devant moi, fragile dans le ciel glorieux de brume du

31 mai, et plus solide que le monde, fondement du monde.

     Le ramier, le merle noir comme mûre et la grive. Ils sont là. La gloire

de la brume marine. Pour être à eux, je ne fais pas référence à une genèse,

à un commencement du monde, aux « premiers âges de la création », à

un paradis terrestre où trottaient épaule contre épaule les brebis et les

lions, dont nous devrions aujourd’hui retrouver le reflet. Je ne suis pas

devant des ombres portées sur le fond de la caverne. Ici et maintenant

se trouve la source du monde, la source du temps, la source de ma

jeunesse. Je prends ma respiration et c’est le point zéro du monde. La

création. Je l’ai compris. Et la paix que je ne cherchais pas m’est

venue. Je ne la dédaigne pas.

 

Traduit du breton par l’auteur

In, Revue « Vagabondages, N°36, Février 1982 »

Association Paris-Poète, 1981

Du même auteur :

« Yeux qui n’étaient rien… » / « Daoulaggadoù no oant netra… » (01/05/2016)

 

« Attendre…/ « Gortoz… » (01/05/2017)

 

 

     Un dube, un eil o tiveuzin eus deil ar wezenn-avaloù dindan va

frenestr. Ur voualc’h du-mouar e-tal un drask war drede orjalenn

al linenn dredan dreist ar park kentanwar du kêr. Oabl an 31 a viz

mae 1971. Va yaouankiz din-me, ar paotr pergont tri bloaz.Va

youankiz n’eman ket a-drenv dine n un tremened bennak, hogen

aman dirazon, bresk en oabl lusennek klodus an 31 aviz mae, ha

startoc’h eget ar bed, diazez ar bed.

     An dube, ar voualc’h du-mouar hag an drask. Aze eamint. Al

lusenn-vor  klodus. D’o c’haout ne ranket dave d’ur c’henliezh,

d’un derou eus ar bed, da “oadoù kentan ar grouadelezh”, d’ur

baradoz an douar ma piltrote denved ha leoned skoaz-ouzh-skoaz,

dimp da gavout breman an adsked anezho. N’eo ket skeudoù war

deun ar vougev a zo aze. Aman breman eman andon ar bed, andon

an amzer, andon va yaouankiz. Tennan a ran va anal, ha setu

penn-kentan ar bed. Ar grouadelezh. Se’m eus komprenet. Hag ar

peoc’h na glasken ket a’m eus bet. Ne ran ket far warnan.

 

Diazerc'h, Embannadurioù Preder, 29700 Plomelin, 1975

Poème précédent en breton :

Fañch Peru  : « Ruisseau courant sur les galets / Gouredenn war a bili (02/10/2014)

Poème suivant en breton :

Ronan Huon  : Les écluses / Ar skluzioù (11/08/2015)