antoine-favre[1]

Stances sur une jeune courtisane

 

Connaissant votre humeur je veux bien, ma Silvie,

               Que passant votre temps

Avec tous les amants dont vous êtes servie,

                Vous les rendiez contents.

 

La mode de la Cour m’étant si bien connue,

               Pourrais-je avoir douté

Qu’on peut vivre en ce temps plus chaste et retenue

               Avec tant de beauté ?

 

J’approuve vos plaisirs et qu’il vous soit loisible

               D’en jouir bien à point,

Car donnant tant d’amour il serait impossible

               Que vous n’en eussiez point.

 

Mais puisque ce péché point de blâme n’apporte

               Quand on le cache bien,

Je voudrais seulement que vous fissiez en sorte

               Que je n’en susse rien.

 

Celle qui fait du mal se peut dire innocente

               En le tenant caché,

Mais quand on fait du mal et qu’après on s’en vante 

               On fait double péché.

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Couvrez bien vos amours, sans craindre que j’estime

               Qu’on doive se fâcher,

Ni que l’on puisse encor vous reprocher du crime

               Que vous pourrez cacher.

 

Que si je vous surprends me faisant cette injure

               Un jour à l’imprévu,

Soutenez  qu’il est faux jusqu’à tant que je jure

               De n’en avoir rien vu.

 

Car alors réputant pour des songes frivoles

               Tout ce qui sera fait,

Et démentant de mes yeux pour croire à vos paroles,

               Je serai satisfait.

 

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