sabines3[1]

Ce n’est qu’en rêve,

ce n’est que dans l’autre monde du rêve que je te rejoins, à certaines heures,

quand je ferme les portes

derrière moi.

Moi qui ai tant méprisé ceux qui rêvent,

me voici à mon tour ensorcelé,

pris au filet.

Avec quelles délices morbides je te fais entrer

dans la maison abandonnée pour t’aimer mille fois

d’une même façon différente !

Ces endroits que nous connaissons tous deux

chaque nuit nous attendent comme un vieux lit

et dans l’obscurité il y a des choses qui nous sourient.

J’aime te le répéter,

mes mains adorent tes cheveux,

et je te presse doucement contre moi jusqu’à mon sang.

Frêle et douce, tu étreins mon étreinte.

Mes lèvres sur tes lèvres, je te cherche encore et encore.

Parfois, c’est un souvenir. Et parfois,

c’est la fatigue de mon corps qui m’en parle.

Quand vient l’aube cruelle, tu disparais

et je n’ai plus entre mes bras que ton ombre.

 

Traduit de l’espagnol par Jean –Clarence Lambert

In, Jaime Sabines : « Tarumba », Myriam Solal éditeur, 1997

 

Sólo en sueños,

sólo en  el otro mundo del sueño te consigo,

a ciertas horas, cuando cierro las puertas

detrás de mi.

¡ Con qué desprecio he visto a los que sueñan,

y abora estoy preso en su sortilegio

atrapado en su red !

¡ Con qué morboso deleite te introduzco

en la casa abandonada, y te amo mil veces

de la misma manera distinta !

Esos sitios que tú y yo no conocemos

noy esperan todas las noches como una vieja cama

y hay cosas en lo obscure que nos sonríen.

Me gusta decirte lo de siempre

y mis manos adoran tu pelo,

y te estrecho, poco a poco, hasta mi sangre.

Pequeña y dulce, te abrazas a mi abrazo,

 

y con mi boca en tu boca, te busco y te busco.

A veces lo recuerdo. A veces

sólo el cuerpo cansado me lo dice.

Al duro amanecer estás desvaneciéndote 

y entre mis brazos  sólo queda tu sombra.

 

Tarumba, Colección  Metáfora, México, 1956

Poème précédent en espagnol :

Octavio Paz  : L’avant du commencement /Antes del Comienzo (17/01/2015)

Poème suivant en espagnol :

Pablo García Baena : Seul ton amour et l’eau…/ Sólo tu amor y el agua...  (27/04/2015)