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Emmurée

Ton cœur continue à battre

au fond des ténèbres

Dans ton cœur

un œil s’est ouvert

Il voit ce que nous ne savons plus voir :

le rictus du bourreau

tapi en chacun de nous

le visage de l’innocence

piétiné par la horde

l’étincelle de la compassion qui seule

peut nous illuminer de l’intérieur

la main qui s’ouvre

pour que la tendresse jaillisse

comme de source

le signe de reconnaissance

avant la fonte des métaux humains

dans l’acte prodigieux de l’amour

la bouche sans fard

d’où vont couler

les paroles si rares de vérité

les sept lettres plus que parlantes

de notre souveraine liberté

 

Je vous laisse maintenant

et je vous laisse

la dernière maison

Je ne vous dirai rien

de là où je vais

ni pour combien de temps

N’imaginez pas le pire

mais ne vous bercez pas trop

d’illusions

Pensez à moi comme si j’étais

dans la chambre d’à côté

marchant sur la pointe des pieds

pour ne pas déranger

m’abstenant de manger

pour éviter les sorties

dormant de jour

pour veiller sur vos nuits

écrivant sur les murs

pour les maintenir écartés

et m’assurer de la bulle d’air

dont on a besoin

dans n’importe quelle vie

Oubliez-moi un peu

et surtout ne me plaignez pas

Rien ne dit qu’il s’agisse

d’un terme

ou d’un prélude

Rien dans tout cela

Ne s’oppose à l’amour

 

Je vous laisse maintenant

D’autres messages suivront

 

Ecris la vie,

Editions la différence, 2005

 

Du même auteur :

« Je m’en irai… » (12/04/2016)

« Tu te souviens… » (12/04/2017)

Deux heures de train (12/04/2018)

J’aurai aimé t’emprunter tes yeux (12/04/2019)