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   Amate de l’âme.

   Figé dans son aura de pierre. Présent. Instant léger comme un papier

découpé voletant. Souffre  d’air frais dans la gangue ligneuse. Méditant

depuis toujours. Sous l’ombre d’un grand arbre de pierre.

 

   Aîeul sous le totem témoin d’un royaume végétal dans la simple

communion d’un arbre de pierre et de toutes les ombres multiples,

découvrant sous la froideur des apparences un arbre de vie, au centre

de prodiges de calme, sous l’aile d’un plus grand oiseau.

 

   Une paillasse de ronces et de lis l’attend. Natte tressée de fibres

granitiques et des instants qui l’ont fait, des instants qui l’ont fondé.

Un gisant va son chemin sous la peau de la pierre, de pause en pause,

de rêve en rêve, de veille en veille et d’oubli en oubli.

 

   Au regard  de plus vastes royaumes il offre sa nudité, sa nullité. Il

n’acquiesce pas sans lutte à sa propre fin. Il plonge de tout son être

dans cet empire de pierre en une attitude où son corps implore.

   Il rend grâces, exprimant dans son  attitude une impérieuse

obligation. L’insondable offrande de ce qu’il est. Il joue, en vrai.

Dernière force ultime, il vit l’alchimie noire et blanche du passage

a gué extrême. Tout coule et s’écoule, le fleuve du temps l’emporte.

Y aurait-il un but secret inconnu de tous ?

 

   Il se rend. Là-bas. La parole manquante et le cœur stratifié. Il sait

maintenant que les passeurs d’eau vives sont éprouvées par le tamis

de l’éternité. Le regard devient fluide. Signes à déchiffrer. Traces

silencieuses d’un passage fugace. Traces d’une mémoire tenace

après des siècles d’essais. Muettes paroles dessinées, inexplicables

effigies parlantes. Incompréhensibles.

 

Le Haut sommeil.

Editions Eoliennes et A hélice, 1997

 

Du même auteur : « Basalte noir. Nuit de l’univers… » (01/04/2016)