Philippe-Mac-Leod[1]

 

A cette hauteur où le vent souffle toujours froid, où le mystère

devient presque palpable, d’une proximité, d’une densité troublantes,

j’aimerais pouvoir rejoindre en toi l’étincelle qui est au centre de

l’âme, ce sens intérieur qui dépasse ta simple histoire, qui peut

atteindre et pénétrer ces profondeurs insoupçonnées, les envelopper

d’une connaissance muette qui rejoint les moments de prière où

rien ne cherche à se dire, où la plénitude est telle, où la présence qui

te porte est si intensément réelle qu’elle suffit à te combler.

                                             *

Combien de fois, éveillé avant le jour, sous les arbres encore sombres,

me suis-je laissé gagner par la grandeur des aubes où les montagnes

se déplient une à une, comme des pétales mauves sur une tige invisible.

Devant ces masses immobiles et solennelles, puissantes mais sans fierté,

sans violence aucune, légères même dans le poudroiement de l’azur,

il n’y a plus que cette explosion de silence à recueillir, cette éclosion

d’un premier jour qui rouvre les yeux, effleure le front d’une fraîcheur

éternelle.

 

Un souffle irrésistible alors me soulève. D’un centre unique à toute la

Création, il me semble participer à cette force ininterrompue, à cette

Ame enfouie qui travaille à notre insu

.

Tout est en nous. Mais le plus intime de nous reste un au-delà.

 

Tout est là déjà… mais tout le reste à accomplir, dans une prodigieuse

efflorescence qui nous dépasse infiniment.

 

L’infini en toute vie.

Editions Ad Solem, Saulges, 2008

 

Du même auteur : « Sur les coteaux, un clocher s’élance… » (20/04/2018)