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Mélancolie de Juillet

(en pensant à Stefan George)

 

Tu ne sais rien d’Henriette

Mon cher Gérard*

Moi guère plus il faut le dire

Je l’ai vue il y a des années

Dans les forêts joyeuses

Des Pâques de l’Est

Quand la neige s’accroche à la terre

Avant de filer dans les rus

En une eau vive

*

Elle marchait avec un type

Qui était trop pressé

Qui se retournait sur Henriette

La hélait la bousculait

Et le corps d’Henriette

Se penchait vers la terre

Puis ses jambes se hissaient

Se juchaient sur les branches

Dans le clair-obscur des lisières

*

Je suivais Henriette qui ne me voyait pas

Mais qui souriait à mon ombre

Je savais qu’Henriette était là

Depuis si longtemps à m’attendre

Que l’attente avait rongé son désir

Et qu’elle humait mon seul souvenir

Dans l’air de ce printemps gelé

*

Mon cher Gérard

Henriette me visite souvent

Dans mes songes de l’Ouest

Quand le ciel de traîne

Se précipite du couchant

Et je pense à Henriette

Dans les forêts profondes

Perchées sur la montagne

*

Après tout nous sommes ainsi

Loin des âmes sans couleurs

Dans un tumulte intime

Qui nous fait pencher

Tantôt vers la joie

Tantôt vers le chagrin

Dans le déséquilibre du langage

Que malgré notre modestie

Nous ne laisserons pas fondre

En pièces de monnaie

*

Et toujours mon cher Gérard

Henriette s’enfonce dans les forêts

Avant de renaître en oiseau

Dans les marches des songes

Et des vers emportés

Au rythme joyeux des musiques

Dans les longs rubans des poèmes

Qui fouettent en gonfanons

 

 

* il s’agit du poète Gérard Le Gouic

 

Revue « Hopala, N°35, Octobre 2010- février 2011 », Brest