HOLDERLIN2[1]

 

Je connais quelque part un château-fort

Dans lequel vit un roi silencieux ;

Une suite bizarre l’accompagne ;

Mais il ne monte jamais aux créneaux.

La chambre de ses plaisirs est cachée

Et d’invisibles sentinelles veillent ;

Seul, le chant des sources familières

Descend à lui, du toit bariolé.

 

Ce que leurs prunelles claires ont vu

Sous les vastes espaces constellés,

Elles en font un fidèle rapport

En contant d’interminables histoires.

Et lui se baigne en leur flot débordant,

Il y purifie ses membres frêles

Et ses rayons, plongés dans le sang blanc

De sa mère, scintillent à nouveau.

 

Son château-fort est vieux et merveilleux ;

Provenant des tréfonds de l’Océan,

Il se dressait et se dresse encore là

Pour défendre tout accès vers le ciel.

De l’intérieur, des chaînes invisibles

Retiennent les sujets de ce royaume ;

Des nuages pareils à des drapeaux

S’élèvent contre ses parois rocheuses.

 

Une multitude innombrable entoure

Ses portes solidement verrouillées ;

Et chacun joue au serviteur fidèle,

Adressant des mots flatteurs à son maître.

Ils se sentent bienheureux grâce à lui,

Sans se douter qu’ils sont faits prisonniers ;

Plus d’un s’enivre d’un désir trompeur

Et ne sait où la chaussure le blesse.

 

Quelques autres, habiles et lucides,

Ne ressentent pas la soif de ses dons ;

Ils aspirent continuellement

A faire crouler l’antique château ;

Seule, l’intelligence pourra rompre

Le grand charme initial du mystère ;

Si elle arrive à ruiner l’intérieur,

Une ère de liberté s’ouvrira.

 

Aucun mur qui ne cède sous l’effort,

Aucun gouffre inaccessible au courage ;

Rechercher le roi n’est pas dangereux,

Pour qui se fie à son cœur, à son bras.

Il l’extirpe de ses appartements,

Et chasse les esprits par les esprits,

Il se rend maître des flots en furie

Et leur ordonne de se retirer.

 

Plus ce seigneur apparaît au grand jour

Et vagabonde partout sur la terre :

Plus sa puissance va diminuant

Et plus les hommes libres sont nombreux.

Pour finir, libérée de ses chaînes,

La mer transpercera le château vide

Et, sur ses délicates ailes vertes

Nous ramènera dans notre patrie.

 

Traduit de l’allemand par Henri Stierlin,

In, Hölderlin : « Aux poètes – Patmos – Souvenir »

Guy Lévis Mano éditeur (Voix de la terre), 1950  

 

Du même auteur :

Ainsi Ménon pleurait Diotima /Menons Klagen um diotima (14/02/2016)

Le Pays / Die Heimat (06/02/2017)

Chant du destin d’Hypérion / Hyperions Schickalslied (06/02/2018)

Fantaisie du soir / Abendphantasie (06/02/2019)

 

 

 

Ich kenne wo ein festes Schloss,

Ein stiller König wohnt darinnen,

Mit einem wunderlichen Tross;

Doch steigt er nie auf seine Zinnen.

Verborgen ist sein Lustgemach

Und unsichtbare Wächter lauschen;

Nur wohlbekannte Quellen rauschen

Zu ihm herab vom bunten Dach.


Was ihre hellen Augen sahn

In der Gestirne weiten Sälen,

Das sagen sie ihm treulich an

Und können sich nicht satt erzählen.

Er badet sich in ihrer Flut,

Wäscht sauber seine Zarten Glieder

Und seine Strahlen blinken wieder

Aus seiner Mutter weissem Blut.


Sein Schloss ist alt und wunderbar,

Es sank herab aus tiefen Meeren

Stand fest, und steht noch immerdar,

Die Flucht zum Himmel zu verwehren.

Von Innen schlingt ein heimlich Band

Sich um des Reiches Untertanen,

Und Wolken wehn wie Siegesfahnen

Herunter von der Felsenwand.


Ein unermessliches Geschlecht

Umgibt die festverschlossenen Pforten,

Ein jeder spielt den treuen Knecht

Und ruft den Herrn mit süßen Worten.

Sie fühlen sich durch ihn beglückt,

Und ahnen nicht, dass sie gefangen;

Berauscht von trüglichem Verlangen

Weiss keiner, wo der Schuh ihn drückt.


Nur Wenige sind schlau und wach,

Und dürsten nicht nach seinen Gaben;

Sie trachten unablässig nach,

Das alte Schloss zu untergraben.

Der Heimlichkeit urmächtgen Bann,

Kann nur die Hand der Einsicht lösen;

Gelingt´s das Innere zu entblössen

So bricht der Tag der Freiheit an.


Dem Fleiss ist keine Wand zu fest,

Dem Mut kein Abgrund unzugänglich;

Wer sich auf Herz und Hand verlässt

Spürt nach dem König unbedenklich.

Aus seinen Kammern holt er ihn,

vertreibt die Geister durch die Geister,

Macht sich der wilden Fluten Meister,

Und heisst sie selbst heraus sich ziehn.


Je mehr er nun zum Vorschein kommt

Und wild umher sich treibt auf Erden:

Je mehr wird seine Macht gedämmt,

Je mehr die Zahl der Freien werden.

Am Ende wird von Banden los

Das Meer die leere Burg durchdringen

Und trägt auf weichen grünen Schwingen

Zurück uns in der Heimat Schoss.

 

 Heinrich von Ofterdingen, 1802

Poème précédent en allemand :

Novalis :  « Faut-il toujours que le matin revienne ?..  » / « Muss immer der Morgen wierderkommen?... » (01/02/2015)

Poème suivant en allemand :

Peter Huchel  : Exil (14/04/2015 )