Guibbert-Jean-Paul-Alyscamps-Livre-732225830_ML[1]

Voix ailée et vaine de Béatrice

 

Je l’aimais,

Les jours n’étaient que des escales

Sur des îles de fond de mer

Et la lumière de la nuit était celle du fond des eaux

Et nos corps étaient des vaisseaux.

 

Le lent et perpétuel voyage de nos mains :

Nos découvertes.

 

 

Franchi le lieu des eaux et des racines,

Perdue la tige et les corolles consacrées,

Je perdais pied,

Lorsqu’au lointain, à la lisière du lointain,

Dans les lentes contrées,

M’apparurent les grands arbres.

 

Alors me vint l’odeur des feuilles et du sang

Et les gestes de l’Obstiné.

 

 

Et tu viendras,

Dans ces allées où mon cœur saigne à chaque pas,

Mes bras seront d’une autre nuit, d’un autre ciel,

Et nos embrasements parmi les arbres morts

Seront d’une autre terre, d’un autre temps.

 

Et nos arbres et  nos bras déchirés vers le ciel

Et les ronces d’enfance et les baies dans  nos mains.

 

Car dans la nuit de notre peur,

Tu aimes avec des larmes dans la voix

Et la douleur qui est la tienne est sans raison

Et le jeu adorable de l’amour que tu donnes

Est sans raison.

Et toujours je me laisse réduire par ta voix,

Toujours au même ventre je suis grande prêtresse

Et servante de roi.

Et la blessure que tu fais a la violence des saisons

Mais le temps après la blessure est une lente floraison.

Une descente au monde bas

 

Alyscamps, Editions du Mercure de France, 1966

 

Du même auteur :

Stèles d’une courtisane (15/03/2016)

Tombe de jeune homme (15/03/2017)

Stèle d’un mystique étranger