shakespeare[1]

C’est quand mon œil est clos qu’il voit le mieux encor :

Il regarde le jour choses dont il n’a cure

Mais se pose sur toi en rêve quand je dors

Et, clair obscurément, s’éclaire en l’ombre obscure.

O toi dont l’ombre donne aux ombres la clarté,

Quel régal donnerait de ton ombre la forme

Au jour clair, par tes feux bien plus clairs éclairé,

Quand luit si vivement ton ombre aux yeux qui dorment !

Quel comble pour mes yeux s’ils te voyaient ainsi

Au jour vivant, quand vient ta belle ombre imparfaite

Percer mon lourd sommeil en la mort de la nuit,

Et qu’alors sur mes yeux sans vue elle s’arrête !

     Tous mes jours sont des nuits tant que je ne te vois,

     Et mes nuits de clairs jours quand je rêve de toi.

 

Traduit de l’anglais par Jean Fuzier, Editions Gallimard, 1959

 

Du même auteur :« Lorsque quarante hivers… » /«When forty winters… »  (02/02/2016)

 

When most I wink, then do mine eyes best see,

For all the day they view things unrespected;

But when I sleep, in dreams they look on thee,

And darkly bright, are bright in dark directed.

Then thou, whose shadow shadows doth make bright,

How would thy shadow's form form happy show

To the clear day with thy much clearer light,

When to unseeing eyes thy shade shines so! 

How would, I say, mine eyes be blessed made

By looking on thee in the living day,

When in dead night thy fair imperfect shade

Through heavy sleep on sightless eyes doth stay!

All days are nights to see till I see thee,

And nights bright days when dreams do show thee me.    

 

SHAKE-SPEARES / SONNETS / Never before imprimed

Thomas Torpe, 1609

 Poème précédent en anglais :

Walt Whitman : Descendance d’Adam / Children of Adam (27/01/2015)

Poème suivant en anglais :

Jack Kerouac : 162ème chorus /162nd chorus (08/02/2015)