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- Il me plaît que vous ne soyez pas fou de moi,

 Il me plaît de ne pas être folle de vous,

Et que jamais le lourd globe terrestre

Ne fuie au-dessous de nos pieds.

Il me plaît de pouvoir être ridicule –

Troublée – et de ne pas jouer sur les mots,

Et de ne pas souffrir d’une faiblesse étouffante

Lorsque nos deux manches se frôlent.

 

Il me plaît aussi que devant moi

Tranquillement vous enlaciez une autre,

Et que vous ne souhaitiez pas les feux

De l’enfer parce que moi j’en embrasse un autre.

Que vous ne prononciez pas mon nom, si tendre,

Vous, mon tendre ami, matin et soir – à la légère…

Que jamais, dans le silence de l’église,

On ne chante, par-dessus nos têtes : Alléluia !

Je vous remercie de tout mon cœur, et de mes mains

De tant m’aimer – sans le savoir vous-même !- :

Et pour la tranquillité de mes nuits,

Pour la rareté des rencontres aux heures du soir,

Pour les promenades au clair de lune

Que nous n’avons pas faites, et pour le soleil,

Qui ne brille pas au-dessus de nous – et

Je vous remercie de ne pas être – hélas !-fou de moi,

Et de pas être – hélas ! – folle de vous

 

3 mai 1915 

Traduit du russe par Henri Deluy

In « L’Offense lyrique », Edition Fourbis, 1992

 

 

 

 

Cà me plaît que vous n’ayez pas le mal de moi,

 Et ça me plaît que je n’aie pas le mal de vous,

Que la lourde boule terrestre n’aille pas

S’enfuir sous nos pieds tout à coup.

Cà me plaît de pouvoir être amusante –

Dévergondée – sans jeux de mots ni leurre -

Et de ne pas rougir sous la vague étouffante

Quand nos manches soudainement s’effleurent.

 

Cà me plaît aussi que vous enlaciez

Calmement devant moi une autre femme,

Et que, pour l’absence de mes baisers,

Vous ne me vouiez pas à l’enfer et aux flammes.

Que vous ne prononciez pas mon nom, si tendre,

Vous, mon tendre ami, matin et soir – à la légère…

Que jamais sur vos lèvres, mon très doux,

Jour et nuit mon doux nom - en vain – ne retentisse...

Que jamais l’on n’aille entonner pour nous :

Alléluia ! dans le silence d’une église.

Merci de tout mon cœur et de ma main

Pour m’aimer tellement – sans le savoir vous-même ! -,

Pour mon repos nocturne et pour, de loin en loin,

Nos rencontres qu’un crépuscule enchaîne,

Pour nos non-promenades sous la lune parfois,

Pour le soleil qui luit - pas au-dessus de nous,

Merci de n’avoir pas – hélas – le mal de moi,

Merci de n’avoir pas – hélas – le mal de vous

3 mai 1915 

 

 

Traduit du russe par Henri Abril

Poèmes. Anthologie bilingue

Editions  Librairie du Globe, 1992 

De la même autrice :

Tentative de jalousie / Попытка ревности (26/07/2016)

« Une fleur est accrochée à ma poitrine… » / « Кто приколол - не помню... » (26/07/17)

« De pierre sont les uns... / « Кто создан из камня... » (26/07/2018)

« Ah ! les vains regrets de ma terre ... » (26/092020)

 

 

 

Мне нравится, что вы больны не мной,

Мне нравится, что я больна не вами,

Что никогда тяжелый шар земной

Не уплывет под нашими ногами.

Мне нравится, что можно быть смешной -

Распущенной - и не играть словами,

И не краснеть удушливой волной,

Слегка соприкоснувшись рукавами.

 

 

Мне нравится еще, что вы при мне

Спокойно обнимаете другую,

Не прочите мне в адовом огне

Гореть за то, что я не вас целую.

Что имя нежное мое, мой нежный, не

Упоминаете ни днем, ни ночью - всуе...

Что никогда в церковной тишине

Не пропоют над нами: аллилуйя!

 

 

Спасибо вам и сердцем и рукой

За то, что вы меня - не зная сами! -

Так любите: за мой ночной покой,

За редкость встреч закатными часами,

За наши не-гулянья под луной,

За солнце, не у нас над головами,-

За то, что вы больны - увы! - не мной,

За то, что я больна - увы! - не вами!

Poème précédent en russe :

 Evguéni MikhaïlovitchVinokourov / Евгений Михайлович Винокуров  : Avec mes yeux / моими глазами. (25/11/2014)

Poème suivant en russe :

Evgueni Alexandrovitch Evtouchenko / Евге́ний Алекса́ндрович Евтуше́нко : « Non, je n’ai pas besoin d’une chose à moitié… »  / « Нет, мне ни в чем не надо половины…  (24/03/2015)