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Le chant du rivage

 

Tous les arbres tournent leur dos fouetté vers la mer

et de leurs membres noués, ils désignent la terre.

Pour nous qui avons été engendrés là-bas le sel est sur notre langue

nous ne le crachons pas : il se pose

comme une enveloppe blanche autour de nos nerfs et ils pourrissent tard.

Sel posé en ombres blanches sur le dos

le long des marques du fouet : Non, nous ne dormirons pas ici

tant que le bandeau blanc de la  tempête borde les côtes

et que les cris blancs des mouettes, des cris presque  gris, cinglent à travers

     le vent.

 

Oui, nous sommes salés comme des poissons mais nous nageons

à travers les seines blanches de brume et les filets d’embruns,

nous entendons le chant du ressac du jour

dans notre sang glacé par le vent, nous entendons le vacarme

des galets éternels qui roulent dans nos têtes rases.

Comme des poissons tranquilles, nous allons nous étendre sur le tas

     d’algues brunes,

enroulés dans des feuilles mouillées, des escargots gris dans les cheveux

tandis qu’autour des pierres de soubassement de la maison des rêves de

     terreau gargouillent.

 

Traduit du norvégien par Carl-Gustav Bjurstrom et Lucie Albertini

In, Revue « Les Lettres Nouvelles, N° 4-5 », Décembre 1973-Janvier 1974, 

Editions Denoël